« COMBAT &  Résistance » est la deuxième exposition de la galerie.
Sept séries d’images vous sont proposées. Elles sont le fruit du travail, seul ou en collaboration, de 9 artistes qui exposent leur lutte personnelle ou celle engagée par d’autres et ainsi ouvrir plus grands nos yeux et nos esprits…

« COMBAT &  Résistance » est la deuxième exposition de la galerie.
Sept séries d’images vous sont proposées. Elles sont le fruit du travail, seul ou en collaboration, de 9 artistes qui exposent leur lutte personnelle ou celle engagée par d’autres et ainsi ouvrir plus grands nos yeux et nos esprits…

LE CIEL, LE VENT, LA TERRE ET L’HOMME – Thomas Dhellemmes –

Je veux parler de cette notion de territoire où tous les éléments qui le composent : le ciel, le vent, la terre, l’homme… sont liés entre eux.
J’ai eu le plaisir de découvrir la région de Jean Sulpice, chef de l’Auberge du Père Bise située à Talloires au bord du lac d’Annecy, alors que je réalisais les photographies de son dernier livre Le Chef, l’Auberge et le lac*.
Après de longues promenades dans la montagne, avec Jean Sulpice, je ramenais à l’auberge « mes trouvailles, mon trésor, ma cueillette » ; souvenirs de cette balade.
J’associais avec plaisir les produits du chef, avec mon butin, pour signifier que la cuisine est liée à son territoire.

« Combat et résistance » :
Je sais que ce combat de manger localement n’est pas un combat nouveau pour beaucoup de gens qui l’appliquent déjà depuis un bon moment. Mais, à force de le répéter autour de soi, les gens prennent conscience de cet acte, et petit à petit, adoptent le principe d’essayer de manger des produits locaux et de saison.
Maintenant, tout le monde est d’accord pour consommer le plus souvent localement, quand cela est possible…
Mais encore faut-il apprendre à connaître les produits de notre région !
Comme un jeu, j’espère que cette démarche donnera envie au plus grand nombre de prendre le temps, de partir découvrir de nouveaux produits locaux, à la rencontre des producteurs, maraichers ou éleveurs qui, avec conviction, combattent et résistent tous les jours pour défendre une identité, un territoire, la nature.
J’aimerais que l’on se promène plus souvent dans des forêts (oui, il y en a autour de nos villes) et que l’on rapporte tous ces trésors cachés dans la nature vers notre cuisine.
Mes enfants, à ma grande satisfaction, ont adopté cette même façon de consommer, avec beaucoup de plaisir.
Cette philosophie, ce combat, cette résistance, c’est aussi celle de Jean Sulpice qui l’applique déjà, depuis de longues années à sa très belle cuisine étoilée
*Jean Sulpice – Le Chef, l’Auberge & le lac – Photographie : Thomas Dhellemmes – Auteurs : Jean Sulpice & Jacky Durand – Editions Glénat

www.ateliermai98.com
@thomasdhellemmes
@ateliermai98

BLOOD, SWEAT & TEARS – Van Santen and Bolleurs –

Cette série illustre la lutte déloyale entre l’industrie agro-alimentaire mondiale et notre précieuse planète. Elle montre les difficultés que doivent subir les gens du monde entier pour que nous ayons accès à de délicieux aliments sur nos tables. Nous mettons en image la lutte et le combat contre l’industrie mondiale qui abuse de son pouvoir pour asservir les agriculteurs et les ouvriers d’usine. Ils pillent les ressources naturelles de la planète pour nous proposer le prix le plus compétitif au supermarché.

www.vansantenbolleurs.com
@vansantenandbolleurs

30 cm x 45 cm : (marge blanche autour incluse) Édition 1/5 : 650 euros
50 cm x 75 cm : (marge blanche autour incluse) Édition 1/5 : 900 euros

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30 cm x 45 cm : (marge blanche autour incluse) Édition 1/5 : 650 euros
50 cm x 75 cm : (marge blanche autour incluse) Édition 1/5 : 900 euros

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50 cm x 75 cm : (marge blanche autour incluse) Édition 1/5 : 900 euros

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DES METS ET DES MAUX – Guillaume Czerw –

Chacun d’entre nous souffre simplement en regardant un déménageur transporter une table sur ses épaules, un livreur transbahuter des dizaines de cartons, un ouvrier du bâtiment empiler des briques, des parpaings ou des sacs de ciment. On les imagine plus vieux se levant difficilement le matin, le corps meurtri par des années de dur labeur et de mauvaises postures.
Mais qui se soucie de la lombalgie du cueilleur de fraises en plein air, de l’arthrose de l’ouvrier d’abattoir, de la sciatique du vendangeur, de la tendinite du récolteur de salades ou de la hernie discale du ramasseur de coquillages ?
Pour illustrer ce mal qui ronge en silence des hommes et des femmes, le photographe Guillaume Czerw a suivi, dans la baie de Somme, ces forçats de la pêche à pied pour qui le corps n’est qu’un instrument qu’ils ne respectent pas. Ils sont entre 100 et 300 chaque jour, en saison, dans les zones basses de l’estran. Ils se prénomment Henri, Freddy, Bernard, Roger. Penchés sur leurs « vénettes », le dos courbé, les mains dans l’eau salée, ils grattent, ramassent, calibrent, entassent avant de déposer leur récolte sur des vélos sans selle qu’ils poussent difficilement dans le sable.Leur corps n’est que douleur et le déni du mal, un mécanisme de défense.
Pour comprendre la souffrance endurée à nourrir les autres, Guillaume Czerw a photographié leurs « mauvaises » positions et demandé à la chirurgienne orthopédique et traumatologue, Cécile Laterza, de décrypter, à travers des clichés de radiographie, les maux dont ils souffrent ou dont ils souffriront demain.

Écrit par Philippe Toinard (180°c/12°5)

www.czerw-guillaume.format.com
@guillaumeczerw

ZOONOSE – Philippe Vaurès Santamaria –

La riposte à la domination de l’homme sur l’animal, des espèces exploitées ou en voie d’extinction, pourrait être, tel un boomerang biologique, de nouvelles maladies transmissibles au genre humain.

Philippe Vaurès-Santamaria poursuit ses recherches photographiques autour de ce sujet en utilisant l’image dans sa forme la plus épurée, la plus descriptive. Il dessine une sorte d’état des lieux de l’influence de l’homme sur son milieu. En mettant en scène des détails de physionomie animale et en leur donnant des noms d’affections, de zoonoses codées, il atteste que nos besoins d’hier sont devenus, au fil d’un temps contracté, nos excès d’aujourd’hui.

www.vauressantamaria.com
@philippevauressantamaria

DANS NOS MAINS – Studio Cui Cui – Aude Boissaye & Cyril Burget

Des petites pierres luisantes de contrefaçon, pacotilles de microplastiques, constellent le ventre de la mer et ceux de ses habitants. Notamment les moules, qui, sous leur coquille, aspirent, filtrent et accumulent tous les polluants, exerçant leur rôle de sentinelle depuis leur poste de vigie. Elles augurent un ciel sombre d’océan, un essaim de squelettes nageant dans les eaux, de nouvelles disparitions. Comment parviennent-t-elles à se loger dans les fentes des coquillages marins ? Qu’annoncent-elles ? Leur apparente beauté ne cache-t-elle pas un obscur dénouement ?
La série photographique Dans nos mains est une prière. Elle s’appuie sur des apparitions qui enjolivent insidieusement le coeur de la vie et condensent la question de l’existence à la façon du lanceur de dés. S’emparer de ces traces, c’est mettre en exergue le temps de notre passage.
La technique du collodion humide permet de restituer ces nouvelles apparitions et de s’y confronter à travers une matière sensible dont les effets et la durée de vie nous dépassent.

www.studiocuicui.fr
@studiocuicui
@audeboissaye
@cyrilburget

ALORS J’Y VAIS EXPRES POUR TONDRE LES NOIX – Laetitia d’Aboville –

Alors j’y vais exprès pour tondre les noix est une série de 28 images et un film de 3 minutes sur l’évolution de la maladie d’Alzheimer. Une histoire personnelle à mi-chemin entre documentaire et pièce plastique. Au moment où les mots se vident de leur sens, seule l’image m’a permis de tisser un lien avec mon père.

2015. Diagnostic. Ni lui ni personne n’accepte de l’entendre puisqu’au début, cela ne ressemble pas à une maladie. Au début, ça passe juste pour de la vieillesse. Le mot « Alzheimer » ne fait pas parti de notre vocabulaire.

2016. Je mets en scène ses objets du quotidien et, sans m’en rendre vraiment compte, je photographie un bout de sa disparition.

2017. Chaque matin, il fait le tour de sa maison. Le temps s’arrête. Ou c’est peut-être sa tête. Doucement, tout bascule.

2018. Admission en unité fermée.
Ma mère n’habitera plus jamais sous le même toit que son mari.
Elle ne vérifiera plus s’il a bien ses chaussures pour sortir.
Elle ne constatera plus qu’il a mis son pyjama sur son blouson.
Elle n’aura plus besoin de lui mettre ses dents.
Elle n’aura plus non plus d’appels de la police du type « on a retrouvé votre mari au centre bus ».
Elle n’aura plus à cacher les clés de voiture. Et les sabres des grands-pères. Elle pourra dormir sur ses deux oreilles.
Mais ma mère n’habitera plus jamais sous le même toit que son mari.

2019. Cette fois, c’est elle que je choisis de photographier. Ma mère dans sa solitude et dans sa culpabilité. Ma mère soulagée autant qu’abandonnée.
Je passe du temps aussi à l’ehpad mais très vite je ne parviens presque plus à le photographier. J’ai pourtant besoin de continuer. Alors j’enregistre nos conversations.

www.laetitiadaboville.com
@laetitiadaboville

Mon fils naît au même moment qu’Alzheimer dans la tête de mon père. L’un va grandir. L’autre rapetisser. Une assiette de pâtes en lettres comme une madeleine de Proust. Et cette maladie qui mange les mots. La confusion est là.

40cm x 60cm : (avec ou sans marge) : Édition 1/8 : 750 euros

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La ponctualité du facteur est une chose primordiale dans la vie de mon père. Les nouvelles fraîches. Une obsession. Mais les lire n’a plus d’importance.

40cm x 60cm : (avec ou sans marge) : Édition 1/8 : 750 euros

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Les noix. Les ramasser. Les compter. Les faire sécher. Chaque année. Sa fierté. Et nous forcer à les manger.
Deux coquilles de noix, pour symboliser leur vie. Fragile. Mes parents. Deux petits bateaux dans la tempête. Et mon ombre, impuissante, qui les regarde sombrer.

40cm x 60cm : (avec ou sans marge) : Édition 1/8 : 750 euros

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La routine s’installe, les jours passent. Reviennent. Et les bonbecs sont engloutis autant que les pilules. En cachette.

40cm x 60cm : (avec ou sans marge) : Édition 1/8 : 750 euros

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SPECIMENS – Stéphane Bahic –

Specimen : Individu, objet, élément donnant une idée de l’espèce.

Chaque grand combat mené a ses représentants, ses exemples à suivre.
Des individus qui expriment leurs convictions plus fort que les autres. Sincérité absolue, enthousiasme sans borne, nécessité intellectuelle et conviction intime sont quelques-uns des constituants de leur démarche.
Ils ou elles s’engagent intimement, chacun avec leur personnalité, leurs mots, leur travail et leurs actions et oeuvrent pour une cuisine responsable, vertueuse, qui respecte la nature et l’humain. Grâce à eux, un monde meilleur semble possible…

Cette série d’images exprime ma volonté de participer à ces combats par le moyen que je connais le mieux, la photographie. J’ai sollicité ces femmes et ces hommes pour faire leur portrait, les exposer à une lumière forte, sans concession, sans artifice, tels qu’ils sont. Une forme revisitée de la photo d’identité accompagnée de textes écrits par eux-mêmes ou par différents journalistes décidés à m’accompagner dans ce projet.
Une tribune que je vous invite à découvrir ici, premier acte de cette démarche artistique qui pourra se transformer, apparaitre dans d’autres lieux et ainsi porter la lutte sur de multiples fronts.

www.stephanebahic.fr
@stephanebahic

MARINE MANDRILA & LOUIS MARTIN / REFUGEE FOOD FESTIVAL

“La cuisine, un outil génial pour briser les stéréotypes, montrer la richesse et la diversité de ce que les réfugié.e.s nous transmettent”

60cm x 80cm : Édition 1/5 900 euros

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« Après nos études, nous avons entrepris de grands voyages. Notre projet était de partager avec les locaux un repas du quotidien. La cuisine est la meilleure porte d’entrée sur le monde, la plus intime. Partout, nous avons reçu un accueil inconditionnel, fait de simplicité, de chaleur et de générosité. Nous avons été touchés par le destin des filles, des mamans, des grands-mères, toutes ces femmes qui ont la charge de nourrir leurs proches. Nous avons vu dans leur regard la fierté de mettre en valeur une famille, un terroir, une culture, un pays.
En 2015, nous avons été frappés au coeur par la crise des migrants, scandalisés par la manière qu’on avait de la raconter, anxiogène, misérabiliste, sur fond de menaces d’invasion. L’un de nous deux a grandi en Inde, l’autre a un père roumain réfugié politique, ces trajectoires nous touchent. Nous avons ressenti de la colère et de l’incompréhension face à l’apathie de l’Europe et de la France, pays des Droits de l’Homme, qui oubliait son devoir : offrir un accueil digne et favorable aux personnes qui quittent leur pays pour sauver leur vie. Au regard de l’hospitalité que nous avions reçue, nous n’étions pas au rendez-vous.
Notre première action a été d’accueillir chez nous Mamadou, demandeur d’asile guinéen. Il faisait très bien à manger, nous avons vite compris qu’il fallait se rassembler autour de la cuisine. C’est un outil génial pour briser les stéréotypes, montrer la richesse et la diversité de ce que les réfugié.e.s nous transmettent. C’est ainsi qu’est né le Refugee Food Festival. Face à des gens en situation d’isolement, qui avaient perdu tout ce qu’ils avaient construit chez eux en arrivant en France, avec des traumatismes personnels et professionnels terribles, nous avons décidé d’accompagner ces talents à la hauteur de ce qu’ils peuvent nous apporter. En organisant des rencontres avec des chef.fe.s en France, en montant des formations pour qu’ils puissent s’intégrer par le travail.
La route est encore longue. Pour que les choses changent vraiment, il faut une volonté politique réelle. Aujourd’hui, un demandeur d’asile n’a pas le droit de travailler en France, c’est une hérésie totale. Il faut aussi une conscience accrue de la part du grand public et de nos sociétés, de l’altruisme. Ouvrir sa porte, son coeur, sa cuisine, pour donner la chance à d’autres de se reconstruire. La crise du Covid-19 complique la tâche mais, par une curieuse pirouette de l’histoire, au moment où les restaurateurs risquent de tout perdre, les réfugiés nous apportent aussi la richesse de leur parcours. Parce qu’eux aussi ont dû trouver les ressources pour repartir de zéro, pour faire preuve de résilience. »

Écrit par Stéphane Méjanès (journaliste culinaire)

EMMANUELLE RIBOUD / RESSOURCES

« Résister quand on est cuisinier, c’est devenir un maillon au service de la réappropriation du repas quotidien, en collaboration vertueuse avec le monde paysan et avec ses contemporains. »

60cm x 80cm : Édition 1/5 900 euros

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« Avec la crise, on a fait notre mue de cuisinier »
Est-ce une épicerie ? Un primeur ? Un traiteur ? Il manque un mot pour qualifier cette drôle de mini-boutique toute vitrée de la rue Bréa dans le 6e arrondissement. Dans ce bocal de verre, ça coupe, ça mijote, ça déplace des cageots débordants de légumes bio… « Quand j’ai ouvert en 2016, c’était juste une cuisine ouverte sur la rue, sans menu affiché ni aucune explication. C’était un terrarium où l’on cuisinait sans filet, les tripes à l’air, et où les passants et les clients nous regardaient faire. Je n’aime pas trop les étiquettes, comme durable ou healthy food, qui sont devenus des mots creux de pure communication : je préfère faire les choses plutôt que les dire. »
Cette ancienne juriste a passé son CAP Cuisine à 30 ans et a été cheffe-propriétaire de plusieurs établissements, notamment en Vendée, d’où son engagement pour la pêche durable – elle est membre du comité stratégique de l’association Ethic Ocean. « L’alimentation, c’est au centre du monde : elle est cruciale dans notre rapport à l’environnement, mais aussi dans notre rapport aux personnes. En choisissant de travailler autrement,
loin des codes de la restauration traditionnelle, on peut changer tout l’équilibre du système. » À l’ouverture, Ressources est donc « un lieu de cuisine durable, et un outil pour faire à manger, en prise directe avec les mangeurs. » Les bentos de produits 100% bio et de saison s’arrachent pour les travailleurs du quartier, et le soir, les riverains passent vite fait y prendre des lasagnes. Des écoles et des entreprises sont elles aussi séduites par la démarche d’Emmanuelle, qui se transforme en cantine à distance, mais aussi en traiteur pour des événements, au point d’envisager de produire plus dans un autre lieu et de transformer son lieu d’expérimentation en simple point de vente… Heureusement (oui, heureusement), le COVID est venu chambouler tous les plans d’Emmanuelle. « Au mois d’août 2020, on a dû faire un 360° avec mon bras droit et chef exécutif Gaetan Berthelot en se recentrant sur l’essentiel. Je voulais désormais cuisiner simplement ce qui a été récolté, et pas commander tel ou tel ingrédient pour faire une recette. »
Elle tient à travailler avec le très engagé groupement Bio Loire Océan et la ferme du « Champ des Hérissons », qui explore d’autres façons de produire « en travaillant ensemble mais en cherchant à rester autonome » et devient « un marché où l’on cuisine aussi ». La semaine est rythmée par deux livraisons, « dont les clients prennent le plus frais et le plus brut. Nous, on valorise ce qui n’est pas acheté et qui risque de s’abîmer ! » En tant que marraine du Label Ecotable et membre du Conseil d’Administration de la Communauté Ecotable, zéro gâchis dans la cuisine, où le moindre jus est valorisé, le pot au feu d’un jour donnant naissance le lendemain au gratin de macaroni à l’os à moelle, « en une boucle créative vivante et joyeuse, qui devient la recette de la recette de la recette… » Et voilà tout un quartier au corps et à l’esprit nourri, plein de Ressources.
Le repas quotidien, c’est son combat : « Cuisiner aujourd’hui, c’est être au service des calories disponibles, et non pas choisir le meilleur pour valoriser une assiette ou une vision du goût. On met nos savoir-faire au service des mangeurs : d’abord en leur expliquant comment préparer le produit brut, puis ensuite en le cuisinant nous-même. Résister quand on est cuisinier, c’est devenir un maillon au service de la réappropriation du repas quotidien, en collaboration vertueuse avec le monde paysan et avec ses contemporains. »

Écrit par Estérelle Payany, (journaliste)

FRÉDÉRIC MARR / RRRAW

“C’est en faisant attention à ce que nous mettons dans notre corps que nous avons une action sur le monde”

60cm x 80cm : Édition 1/5 900 euros

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Frédéric Marr ne se définit pas comme un militant. S’il lutte, c’est pour se mettre du côté du vivant. De ce qui fait sens. Tandis qu’il visitait ses parts d’ombre, il oeuvrait du côté obscur de l’agro-alimentaire. C’était pour lui une sorte de cohérence. L’un faisant corps avec l’autre. Puis la vie se charge d’éclairer de tous ses feux ce qu’il pouvait y avoir de contradictoire dans sa démarche. Il n’a pas d’autre choix que regarder et changer. Il a 38 ans lorsqu’il fait la bascule. Et c’est radical. Le hasard et ce qu’il tricote des enseignements bouddhiques
et de son expertise nutritionnelle le conduisent sur le chemin du cacao. Plutôt que dénoncer les pratiques en cours, Frédéric se pose la question du « comment ». Il a envie d’aller plus loin que ce qui existe déjà. Faire mieux et meilleur, pour la terre qui nourrit, et les hommes qui récoltent. Personne ne croit à sa vision d’excellence, alors il crée ses propres machines, son propre cahier des charges et, en rajoutant la notion de cru, pose les bases d’une nouvelle conscience alimentaire. « C’est en faisant attention à ce que nous mettons dans notre corps que nous avons une action sur le monde ». Se donner à soi pour donner aux autres résume l’engagement de cet intuitif, pour qui la dimension nutritionnelle est celle qui permet de s’ouvrir à l’éthique. Là-bas, les paysans sont payés huit fois plus, et même si le faible tonnage a un impact modéré sur leurs revenus annuels, les hommes savent que le cacao qu’ils cultivent est un produit de valeur. Ici, les artisans savent qu’élaborer un très bon chocolat est désormais un choix à faire en conscience.

Écrit par Caroline Wietzel (auteure)

CAMILLE AUMONT CARNEL & NORA BOUAZZOUNI / @jedisnonchef

«Mon combat consiste, depuis le début de mon militantisme, à parler, à l’ouvrir et à déranger encore et toujours.» – Camille

« La cuisine professionnelle est une industrie qui continue de justifier la violence au nom de l’excellence, l’exploitation au nom de la passion, broyant femmes et hommes.» – Nora

60cm x 80cm : Édition 1/5 900 euros

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Camille Aumont / @jedisnonchef @jemenbatsleclito

Le milieu de la gastronomie et de la restauration française est un milieu majoritairement dominé par des hommes blancs de 50 ans et plus.

Les mots favoris en sont malheureusement « omerta », « marche ou crève » et « fais ce que je te dis, mais pas ce que je fais ». Je suis une femme noire française de 24 ans et ceci n’est pas ma définition de l’excellence. Ce serait plutôt ma définition de la médiocrité.

Quand on touche à ce milieu, on ne s’attaque pas simplement à la gastronomie française, l’une des premières traditions culinaires enregistrées sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. On s’attaque aussi au symbolique et à ce qu’elle peut rapporter à la France, au tourisme, à l’État. Pensez-vous vraiment que tous ces touristes réserveraient deux ans à l’avance dans les plus grands restaurants français si il·elle·s savaient qu’il·elle·s ne sont ni plus ni moins que des violeurs et des violeuses et non des rois et reines de la gastronomie ? J’en doute fortement.

L’épidémie a montré l’importance des touristes dans le taux de fréquentation des restaurants. Lors de la réouverture possible entre les 2 confinements, les 3/4 des restaurants étoilés et gastronomiques n’ont pas rouverts faute de clientèle. Sans les touristes, ces restaurants ne peuvent fonctionner.

Ce qui est bien avec #MeToo c’est que cela prouve que c’est un problème systémique. On a face à nous des chef·fe·s qui s’organisent, anticipent et réfléchissent pour violer, harceler et dominer sans que cela se sache. Et on ne parle pas que de quelques cas.
Mon combat consiste, depuis le début de mon militantisme, à parler, à l’ouvrir et à déranger encore et toujours. Je dis tout haut ce que l’on vit et pense tout bas. Mais dans ce cas c’est différent, car la cuisine a été mon métier. C’est le domaine dans lequel j’ai fait mes études après mon bac. J’ai côtoyé certaines des plus grandes cuisines françaises, les victimes, elles, me font confiance. Impossible de me la faire à l’envers.

Et là c’est le drame (ou plutôt le début de la régalade sans mauvais jeu de mots). Semer le doute, faire s’installer la peur ou la panique, obliger, sans même rien faire, les institutions, écoles et établissements à se remettre en question et pour une fois agir et trouver des solutions.
Il s’agit aussi de donner de la force, d’incarner le #metoodelarestauration, de répéter encore et toujours que :« oui bordel votre voix a du pouvoir, elle est légitime et valide. ». Il est important de rassurer, de faire passer des vérités des sous-sols des restaurants au grand public.
Pousser les médias qui les ont souvent protégé·es en connaissance de cause à parler des violences en cuisines.
Il faudra réinventer des grands noms, des établissements historiques, des nouvelles références.

Bordel que j’ai hâte

Je vais manger ça m’a ouvert l’appétit tout ça..

Nora Bouazzouni / Journaliste et auteure de Faiminisme aux éditions Nouriturfu

Dans nos sociétés patriarcales, le sexisme est systémique : c’est une structure oppressive visant à empêcher ou décourager les femmes d’accéder à des postes à responsabilité, d’exercer une influence politique, économique, intellectuelle. En somme, il s’agit pour les hommes de conserver leurs privilèges, par tous les moyens possibles. Le harcèlement, les violences sexistes ou sexuelles ne sont que les symptômes, les mécanismes de ce système bien huilé où les oppresseurs se soutiennent et se protègent. Pourquoi la restauration, au même titre que le cinéma, le bâtiment ou encore l’édition, serait-elle épargnée ? La grande leçon de #MeToo est contenue dans ces mots : « moi aussi ». Comment s’étonner, alors, que si peu de cuisinières survivent à ce boys’club et jettent l’éponge avant de monter en grade ? En France, la cuisine professionnelle est l’héritière d’une organisation militaire en « brigade » sur le « pied de guerre » et qui se prépare au « coup de feu ». Un lieu où le chef règne en monarque absolu sur des employé·e·s au garde-à-vous. Une industrie qui continue de justifier la violence au nom de l’excellence, l’exploitation au nom de la passion, broyant femmes et hommes. À mesure que la profession a gagné en prestige, l’omerta s’est accrue. Les médias ont leur part de responsabilité, qui portent aux nues des chefs « rockstarisés » depuis les années 1980, allant jusqu’à les qualifier de « dieux » de la bouffe. Les cuisiniers sont devenus des artistes : il faudrait séparer l’homme de l’assiette. Mais le temps de la dénonciation est venu. Je vous écoute. Je vous crois.

CAMILLE LABRO / L’École Comestible

« En reliant l’alimentation à l’histoire du vivant, nous permettons aux enfants de comprendre d’où ils viennent, ce qu’ils mangent, la richesse de la biodiversité, la force et la fragilité de la nature.»

60cm x 80cm : Édition 1/5 900 euros

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Parce que nous sommes convaincus que notre façon de manger peut changer le monde, nous pensons que l’éducation alimentaire doit faire son retour à l’école. L’alimentation est aujourd’hui au coeur des problématiques contemporaines. Sa qualité est en baisse. Un Français sur cinq reconnaît avoir du mal à se nourrir sainement. Il y a urgence à agir. Nous rêvons d’un monde qui offre à chacun le droit de bien manger, et où tous les enfants ont accès à une éducation alimentaire bonne, propre et juste. Nous rêvons d’une école dans laquelle les enfants cultivent un potager, observent le cycle des saisons et du vivant, apprennent à cuisiner, à se régaler et régaler leurs proches de ce qu’ils ont préparé. Nous rêvons de cantines saines et savoureuses, qui connectent la préparation des repas avec les potagers et soutiennent des réseaux de paysans locaux vertueux, qui éduquent contre le gaspillage, revalorisent les métiers de la restauration collective et font de chaque repas une fête. Nous rêvons d’enseignants, d’animateurs, d’élus locaux formés pour intégrer l’alimentation au coeur des apprentissages essentiels.
Au pays de l’excellence culinaire, nous ne partons pas de rien. L’Éducation nationale reconnaît avoir un « rôle stratégique » à jouer. Elle préconise d’intégrer l’éducation au goût dans les programmes scolaires. Le Conseil national de l’alimentation recommande de « renforcer l’éducation à l’alimentation par la pratique culinaire, le goût et/ou les jardins pédagogiques ».
Avec L’Ecole comestible*, nous souhaitons apporter notre contribution à ces objectifs, dans les activités scolaires et périscolaires et au sein de la vie quotidienne des enfants.
En reliant l’alimentation à l’histoire du vivant, nous permettons aux enfants de comprendre d’où ils viennent, ce qu’ils mangent, la richesse de la biodiversité, la force et la fragilité de la nature. En créant des jardins dans les écoles, sur les toits, au bord des cours et des rues et même des potagers mobiles, nous contribuons à verdir et rafraîchir nos environnements de vie. En développant la solidarité et le partage de recettes ou de savoir-faire potagers avec les familles, nous contribuons à fortifier le lien social et encourageons l’implication des adultes dans le quotidien de leurs enfants. En apprenant à mieux manger, nous réenchantons l’expérience du repas, à la cantine comme à la maison, et nous contribuons à réparer la fracture sociale. Et puis, quand les enfants jardinent ou cuisinent, ils jouent, calculent, lisent, étudient une réaction chimique, observent la géographie, comprennent l’histoire, touchent, sentent, écoutent, et forgent leur esprit critique… tous les sens sont en éveil et toutes les matières scolaires s’y retrouvent. Comme d’autres associations, mouvements, initiatives, L’Ecole comestible prend sa part dans cette incontournable transition de société. Avec nos marraines et parrains Alice Waters, Olivier Roellinger, Michel Guérard et Françoise Nyssen, nous invitons à une Révolution Délicieuse, dès le plus jeune âge.

* L’action de L’Ecole comestible se fonde sur la mise en place d’ateliers de découvertes sensorielles, culturelles et culinaires, la création de potagers dans les écoles et hors les murs, et un accompagnement dans l’amélioration des cantines. Entre novembre 2019 et juin 2021 : près de 300 ateliers et plus de 1000 élèves sensibilisés.

MATHILDE, OLIVIER ET HUGO ROELLINGER / Pour une révolution délicieuse

« Nous battre pour qu’enfin nous reprenions en main notre destin et arrachions des griffes des industriels ce trésor de l’humanité qu’est la nourriture.»

60cm x 80cm : Édition 1/5 900 euros

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Comme beaucoup d’entre vous, j’ai connu des épreuves. (…)
Au firmament de ma carrière, un problème de santé m’a frappé et m’a permis de prendre conscience d’une nouvelle responsabilité, celle de mener un combat, qui me tenait à coeur : protéger nos petits producteurs talentueux à travers le monde pour qu’ils vivent décemment de leur métier. Pour que ces sentinelles de la biodiversité oeuvrent à préserver notre patrimoine alimentaire.
Des cercles vertueux existent déjà, un simple geste suffit souvent pour les mettre en place et sauver les hommes, la nature et notre alimentation à tous.
Puisque les hommes politiques ne veulent pas se battre, nous, citoyens, pouvons nous lever pour une révolution délicieuse.
Aujourd’hui, j’aimerais mener avec vous, tous unis, ce soulèvement alimentaire pacifiste et joyeux. Nous battre pour qu’enfin nous reprenions en main notre destin et arrachions des griffes des industriels ces trésors de l’humanité qu’est la nourriture.
Car la nourriture est tout à la fois notre premier médicament, notre héritage et notre culture.
Il est essentiel de transmettre le goût d’une cuisine écologiquement saine à nos enfants, comme nous leur apprenons à marcher, lire et compter.
Face à l’état de la planète, la cuisine est une des clés de la transition écologique qui s’impose à notre société.

Olivier Roellinger – extrait de Pour une révolution délicieuse – Editions Fayard

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